Cuba – Vivre avec son temps

Published: 10/01/2003 | Documented: 1999 - 2002
Categories: America, Carribean, Cuba

J’ai souvent voyagé à Cuba – cinq ou six fois, je ne sais plus. Après une découverte littéraire et très conventionnelle de l’île caraïbe grâce à l’œuvre d’Hemingway, j’y ai fait mes premiers pas dans le monde latino américain et caribéen. Je les ai tant aimés que j’ai replongé quelques moins plus tard dans le chaudron cubain pour y étudier l’espagnol en autodidacte.

Lors de mon premier séjour cubain, je contracte la fièvre contagieuse de la salsa. Chaleur implacable de la mi-journée ; plage proche de La Havane ; une poignée de jeunes danse sur une salsa distillée par une radio-K7 déposée à proximité sur le sable. En cercle avec de l’eau jusqu’au genou, les danseurs animent une rueda (danse en couples tournants) avec une vista et une énergie incroyables malgré la température de l’air et la résistance de l’eau. Depuis lors, le rythme et les sons de la salsa me chevillent toujours au corps, à Cuba, en Suisse comme en Corée du Nord.

Toujours friand de cubanité, j’ai rédigé au tournant du millénaire dans la petite ville Trinidad une partie de ma thèse doctorale, loin des frimas et de la grisaille de l’hiver européen. J’y ai goûté à la chaleur humaine d’une famille cubaine, comblant un peu le vide d’un fils qu’elle avait perdu. J’y ai connu l’amour, aussi.

Je pourrais gloser sur la révolution cubaine, son manque de perspective et de prospective contemporaine. Je préfère évoquer les gens. Malgré les difficultés économiques ou les frustrations sociopolitiques, le Cubain est et reste fier de lui, de son île et de sa culture. Une fierté insulaire affirmant, à juste titre, son identité et son unicité. Car il est simplement un seul Cuba.

La fierté proverbiale du Cubain transparaît dans le foisonnement artistique qui brasse l’île caribéenne. Elle se lit également dans la propension à la boisson forte, à la roublardise comme une démonstration de sa force physique et mentale. Plus élégamment, la sensuelle nonchalance de la Cubaine traduit positivement son estime de soi.

Le Cubain cultive un sens remarquable et savoureux de l’humour et de l’autodérision, comme pour mieux conjurer ses frustrations matérielles et sociopolitiques. Beaucoup de jeunes aspirent légitimement à consommer des grandes marques multinationales, à défaut peut-être de connaître le monde.

Le Malecon

Les habitants de la Vieille Havane désignent parfois le Malecòn, le mythique quai du bord de mer, comme « la frontera » (la frontière), pour mieux rire de leur faible mobilité internationale.

Mais assez écrit. Voici une brochette de portraits à la volée, croqués à La Havane et dans la ville coloniale de Trinidad.

Dans l’attraction magnétique et parfois malsaine qu’exerce Cuba sur l’Européen, prédomine souvent l’image désuète d’un néocolonialisme touristique nourri de témoignages – authentiques ou factices – d’une époque révolue. Ce n’est pas aider Cuba à vivre avec son temps.

Aider Cuba à repousser positivement ses frontières culturelles, tout en conservant l’essence de son insularité. Beau programme pour un début de millénaire.

Bien à Vous,

Bertrand