Ethiopie – Les mangeurs de miel de Lalibela

Le samedi est jour de marché à Lalibela. Pour beaucoup de gens locaux, c’est l’occasion, une fois de plus, de marcher. Car on vient de loin à la ronde, à pied naturellement. A l’arrivée, les jeunes récupèrent le temps d’une partie de trictrac avant l’ouverture des échanges.

A l’échelle éthiopienne, le marché de Lalibela n’est pas particulièrement important. De nombreuses autres villes lui dament le pion. Cependant, l’ancienne capitale royale anime toujours la vie socio-économique régionale.

Lalibela se situe à quelque 2’500 mètres d’altitude, sur un contrefort des hauts plateaux et des montagnes culminant à plus de 4’000 mètres. Le jour de marché, les gens affluent à Lalibela des contrebas comme des hauteurs, après jusqu’à six heures de marche. Aussi le marché ne début-t-il guère avant dix heures.

De nombreux visiteurs étrangers restent en marge du marché de Lalibela, trop empruntés pour se jeter dans la mêlée. Dommage. J’ai sillonné le marché du matin au soir, observant les gens, les produits et les échanges.

Lalibela signifie « mangeur de miel » en langue ahmarique. La ville, ruche sociale bourdonnante, comporte dans ses églises minérales des ruches d’où coule un miel sacré. La région produit des miels succulents, fameux loin à la ronde, de couleurs blanche ou dorée. Pour l’apprécier, inutile d’utiliser une cuiller.

La nourriture éthiopienne est basée sur les céréales – le blé principalement. Les Lalibalais que j’ai rencontrés estiment unanimement qu’il n’est pas repas sans pain. Si les tubercules ont aussi droit de citer, le riz, trop gourmand en eau, ne rencontre guère les faveurs éthiopiennes.

Comme un peu partout dans le monde, la fierté des habitants ruraux de Lalibela se définit beaucoup par leur cheptel : buffles et vaches, mules et ânes, brebis et moutons, volaille diverse. Traditionnellement, les hommes se consacrent aux quadrupèdes domestiques, alors que les femmes s’occupent des volailles. Un vrai festival oculaire – mais pas olfactif.

La plupart des chalands sont aussi des vendeurs. Quand ils ne troquent pas directement leurs biens, ils recourent au numéraire pour acheter ensuite ce qui leur manque. Sans surprise, le sel constitue l’une des denrées prisées sur le marché : indispensable à quiconque, difficile à obtenir sinon par l’échange marchand.

Les échanges se poursuivent jusque tard dans la journée, sans stress ni éclats particuliers. L’heure du bilan financier de la journée. Beaucoup de paysans venus de loin repartent d’un pas pressé, soucieux de rentrer chez eux avant la nuit.

Pour ma part, une longue route m’attend également : 30 heures de voyage pour regagner Amman.

Je n’ai pas emporté de miel de Lalibela. Mais j’y retournerai, ne serait-ce pour imager le trekking en montagne que j’ai effectué. Des paysages à vous couper le souffle, des gens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes avec le sourire pour vous accueillir, malgré la précarité de leurs conditions de vie. J’ai ainsi vécu quelques jours dans une hutte de branchages avec une famille, leur bétail et leur chien. J’espère vous le raconter en images un jour.

Bien à Vous,

Bertrand

By Bertrand

Trotting the globe with vision, values and humour