Myanmar – Mille pagodes

Published: 23/12/2004 | Documented: 2003 - 2004
Categories: Asia, Myanmar / Burma, Southeast Asia

Pays des mille pagodes

On appelle parfois le Myanmar le pays des mille pagodes.

Lieu commun, mais non dépourvu de pertinence. En fait, le pays compte certainement plusieurs dizaines, sinon centaines de milliers de stupas bouddhistes. C’est que, pour gagner des mérites et donc le Ciel, tout bouddhiste doit construire ou contribuer à la construction ou à l’entretien d’une pagode.

Mandalay

Historiquement, le centre géographique du pays fut aussi le centre du pouvoir politique et religieux de l’ethnie bamar, qui préside actuellement aux destinées du pays. Peu avant la poussée coloniale, la ville de Mandalay était une capitale royale, un foyer de rayonnement culturel et spirituel bouddhiste et un pôle économique.

On y trouve à Mandalay un Bouddha extraordinairement replet. Non pas d’avoir abusé de junk food, mais par excès de dévotion. Les pèlerins bouddhistes collent sur la statue en guise d’offrande des feuilles d’or pur – de petits carrés fins comme l’air. Gestes répétés à l’infini, jusqu’à empâter irrémédiablement la silhouette du Bouddha.

J’ai également vu à Mandalay le plus grand gong de mon existence, dont la sonorité profonde vous ébranle jusqu’au plus profond de l’âme. Un appel à visiter Bagan, le lieu par excellence des mille pagodes.

Bagan

Je découvre Bagan lors de la phase de descente de mon vol de ligne. Spectacle extraordinaire d’un foisonnement de stupas et de temples caressés par une lumière matinale, disséminés sur une vaste plaine aux abords de la rivière Ayeyarwady. Quelques piétons et cyclistes animent un paysage qui paraît de carton pâte, monté à grands frais pour une scène d’un film hollywoodien.

Bagan ne s’est pas faite en un jour. La plupart des ruines date des XIe, XIIe et XIIIe siècles. Elle était alors la capitale politique du premier empire bamar. Au XIe siècle, le souverain Anawrata érige le bouddhisme Teravada en religion d’État, et stimule les échanges culturels avec le bouddhisme khmer, thaï, indien et sri lankais. Les stupas et les pagodes fleurissent comme des primevères jusqu’au XIIIe siècle. Le royaume bamar est alors balayé par les hordes du féroce empereur mongol Koubilai Khan.

Il y a de multiples manières de visiter les ruines de Bangan. Les puristes peu pressés optent pour la marche, les sportifs plus pressés enfourchent un vélo, les romantiques embarquent langoureusement en calèche, alors que les paresseux se déplacent en motocyclette ou en voiture.

Depuis peu, Bagan peut s’apprécier également depuis les airs, du haut d’un mirador muni d’un ascenseur. Une route goudronnée et même un terrain de golf ont été aménagés sur le site. Ces constructions contemporaines se sont greffées à des réhabilitations de pagodes et de temples peu soucieuses de fidélité historique, ce qui a amené l’Unesco à se désolidariser de la restauration du site. Reste le chic du chic, le survol du site en mongolfière.

Je me suis contenté d’un vélo lors de ma visite de Bagan. En découvrant le site, j’hésite donc entre émerveillement et serrement au cœur. Dans le doute, je marche, pédale, me régale de romances. J’y apprécie la connexion du site historique avec son environnement social. Les gens y font paître leur bétail, du petit commerce et autres services touristiques. Y vivent et le font vivre, en symbiose avec les villages avoisinants.

Mingun

Le centre du Myanmar regorge de temples bouddhistes, tous plus beaux que les autres, en dépit du poids des siècles. L’histoire de la pagode Pahtodawgyi à Mingun, à une heure de bateau de Mandalay, mérite mention. Elle aurait dû constituer la plus grande pagode du monde, dotée de la cloche la plus imposante qui soit.

Lors de la construction à la fin du XVIIIe siècle, un astrologue prédit la mort du souverain commanditaire des travaux s’il achevait son œuvre de grand bâtisseur. La pagode en reste ainsi au niveau de son socle gigantesque. Au XIXe siècle, un tremblement de terre fissure la base de terre cuite, comme pour confirmer le mauvais augure de l’astrologue. En revanche, la cloche, déjà moulée au XVIIIe siècle, sonne toujours de ses 90 tonnes une symphonie architecturale inachevée.

L’endroit est enchanteur de tranquillité, sur les rives de la rivière Ayeyarwady. Ma rationalité non bouddhiste relève que le souverain mégalomane est tout de même décédé malgré l’interruption des travaux. Tôt ou tard, la grande Faucheuse…

Moines bouddhistes

Qui dit pagodes dit moines bouddhistes. Traditionnellement, il est un honneur au Myanmar pour une famille qu’un de ses membres, de préférence le premier garçon de la famille, se dédie à la quête spirituelle. Une nonne n’apporte pas la même considération sociale qu’un moine. Corrélativement, offrir une robe à un moine apporte fierté personnelle, considération sociale et mérites religieux.

Le jeune garçon peut entrer très jeune dans un monastère après une cérémonie de noviciat. Vers l’âge de vingt ans, il est confirmé, s’il le souhaite, comme moine après une autre importante cérémonie.

Un adulte peut aussi devenir novice, puis moine, mais le noviciat est de durée très limitée. On peut entrer et sortir de l’ordre monastique plusieurs fois dans sa vie.

Un moine qui se défroque éprouve souvent des problèmes de réinsertion sociale, surtout s’il a passé beaucoup de temps dans les ordres. C’est moins un problème pour celui qui a annoncé dès le départ qu’il effectue une expérience monacale limitée dans le temps.

Religion et politique sont aujourd’hui étroitement liés au Myanmar, dans une relation complexe d’alliance pragmatique et de sourde opposition. Mais ça, c’est une autre histoire que d’autres que moi vous expliqueront.

Bien à Vous,

Bertrand