Inde – La chaleur du Darjeeling

Published: 10/09/2004 | Documented: Aug. 2004
Categories: Asia, India, South Asia

Né dans les montagnes suisses, j’ai toujours été fasciné par le massif himalayen, dont les formidables proportions ravalent les Alpes à l’échelle lilliputienne. A partir du Myanmar où je réside, le Darjeeling est la partie de l’Himalaya la plus proche et atteignable.

Siliguri, Darjeeling

Une fois atterri à Bagdogra, j’embarque dans un taxi pour un long trajet à destination de Siliguri, une station de montagne prisée des habitants de Calcutta. La route s’élève rapidement dans les contreforts himalayens. La végétation abonde, d’abord semi sauvage, puis laborieusement domestiquée. Peu avant Siliguri, le paysage montagneux s’émaille de champignons vert tendre.

Le célèbre thé du Darjeeling se cultive dans la région. Le prix final du thé, explique le chauffeur du taxi, dépend beaucoup de la variété de la plante, ainsi que de la nature, de l’inclinaison et de l’ensoleillement du terrain. Son discours volubile traduit l’importance de ce breuvage dans sa culture alimentaire. Pour ma part, je suis venu au Darjeeling pour un trekking dans cette région montagneuse située aux confins de l’Inde, de la Chine, du Népal, du Sikkhim et du Boutan.

A l’hôtel m’attendent mes faiseurs d’aventure – le jeune guide, le porteur et leur patron. Ils me procurent une veste et un sac de couchage, tous deux matelassés de plumes naturelles. En soirée, j’achète sur un marché local un bonnet, des gants et des chaussettes de chaude laine. On ne plaisante pas avec le froid des hauteurs himalayennes.

Trek vers les hauts sommets de Himalaya

Jour 1: Le thé tibétain du Darjeeling

Le lendemain matin, nous gagnons le point de départ du trekking. La raideur du sentier tarit rapidement la discussion. On ne plaisante pas avec les pentes himalayennes. Malgré la topographie, les activités agricoles vont bon train, tout comme tout natif de la région.

A la pause de midi, je décline poliment mais à grand-peine le thé au beurre salé préparé par mes hôtes. Breuvage typique du massif himalayen. Le chemin nous rappelle également que le Darjeeling est de culture bouddhiste, à l’image de son voisin népalais.

Nous arrivons à notre gîte d’étape à la lumière des lampes de poche. Le soir, je revis les ambiances de cabanes de montagne, que j’ai connues il y a longtemps lors de mes pérégrinations alpines.

Jour 2: Toujours plus haut

Le lendemain, après une matinée sans histoire, nous stoppons à midi s’effectue dans un village dont la rusticité se fait beauté tant il s’intègre dans son environnement naturel.

L’après-midi, la pente se corse. Avec l’altitude, le souffle se fait court, le chemin long et tortueux. Au détour d’un sentier, des yaks surgissent dans la brume.

Dans les dernières lueurs diurnes, nous atteignons enfin le gîte d’étape, qui culmine à plus de 4’300 mètres d’altitude. Le froid mord déjà, féroce. Je me gave de nourriture et de thé du Darjeeling.

Jour 3: Vue sur l’Everest et le Kangchenjunga

Dès les premières lueurs de l’aube, je gagne le promontoire rocheux malgré une température polaire. C’est que le site offre des vues privilégiées sur le massif himalayen.

Le disque solaire illumine peu à peu la scène. Tout proche, sur sol chinois, le Kangchenjunga, le troisième sommet du monde, culmine à près de 8’600 mètres. Jusqu’en 1849 et faute d’étude technique précise, il était considéré par les géographes comme le toit du monde. A cette date, des scientifiques britanniques établissent la suprématie du mont Everest (8,850m.) sur le Kangchenjunga. De notre promontoire, le mont Everest n’est pas toujours visible. Il l’est lors de ma visite (3e depuis la droite), mais sous un angle inédit et somme toute assez anodin.

Les promontoires sont propices au prosélytisme. Dans le bouddhisme himalayen, c’est au vent de disséminer les prières inscrites sur les lambeaux de tissu. Dans ce décor grandiose, la prêche s’effectue sous la bénédiction de l’astre lunaire.

Moins d’une heure après l’aube, le ciel se voile brusquement de lourds nuages qui distillent les premières gouttes de pluie. Le spectacle est terminé.

Redescente

Peu après, nous entamons la longue descente vers notre point de départ. Une journée éprouvante pour les muscles et les pieds. Au long du chemin, nous collectons des ordures abandonnées par des marcheurs. « Des gens de Calcutta », accuse notre jeune guide comme pour souligner son dédain du monde urbain.

Nous passons la nuit dans un hameau blotti au fond d’une vallée encaissée. Alors que nous nous entassons dans une petite pension, le guide reste sourd à ma suggestion de déménager dans le grand hôtel voisin, visiblement inoccupé. Cet hôtel a été construit par des gens de Calcutta sur un ancien cimetière, en dépit des mises en garde des habitants du hameau. Depuis lors, il est hanté par les esprits tourmentés des défunts. Je me tais, incrédule. Je ne ferme pourtant pas l’œil de la nuit, car les chiens hurlent à la mort en direction de l’hôtel maudit.

Jour 4: Avec les montagnards du Darjeeling

Au petit matin, j’avoue ma gêne et mon empressement à quitter la bourgade.

Une fois traversé le pont, nous progressons dans un milieu de moyenne montagne. Un milieu hospitalier avec des gens, vaquant à leurs activités agricoles et pastorales. Plusieurs d’entre eux lient conversation, chemin faisant, avec l’étranger que je suis dans une langue dont j’ignore tout. Des moments privilégiés de communication non verbale. J’en garde deux moments privilégiés, croqués lors de la traversée d’un village.

 

Le trek s’achève là où il a commencé, à Siliguri. Je prends congé du guide et du porteur avec des embrassades empreintes d’une chaleur humaine abreuvées de trois dures journées de pérégrinations himalayennes.

Mon retour à Calcutta s’effectue par dans un train de nuit. Croyez-moi, mais j’ai eu plus froid cette nuit-là qu’à plus de 4’300 mètres d’altitude dans les hauteurs himalayennes. Il me manquait un bon thé du Darjeeling, assurément.

Bien à Vous,

Bertrand