Burundi – Tambours

Published: 09/06/2007 | Documented: May 2007
Categories: Africa, Burundi, East Africa

L’appel des tambours

A l’appel des tambours, les résidents de la commune convergent par grappes tranquilles vers la place de fête. Aujourd’hui se célèbre l’inauguration d’un réseau d’eau potable. En dépit de l’heure matinale, le soleil cogne dur sur les crânes et les peaux. Les tambourinaires n’en ont cure. Leurs roulements sonores obstinés agglutinent peu à peu autour d’eux une foule dense. Sans crier gare, les tambourinaires stoppent tout net.

Un silence pesant renforce la lourdeur de la chaleur ambiante. Après quelques furtifs clins d’oeil de connivence, les tambourinaires rempilent de plus belle. Au centre, le soliste bat le tambour principal de toute son énergie et sa créativité. Ses bras robustes montent si haut et s’abaissent si vite que l’oeil du spectateur a’affole. Son corps ondule comme une liane et vibre à l’unisson de l’instrument. Tendu par l’effort, son visage éclate d’une joie brute et sincère.

Disposé en arc-de-cercle autour du tambour central, le gros des tambourinaires soutient de ses battements et de ses chants la cadence du soliste. Celui-ci s’éloigne de son instrument pour jouer les derviches-tourneurs et les acrobates dans une chorégraphie époustouflante.

Partant de l’extrémité de l’arc de cercle, les batteurs se succèdent au tambour central. Chacun confie à la membrane du tambour et au sol sablonneux le meilleur de son talent musical et chorégraphique. La plupart d’entre eux sont hauts comme l’Olympe, forts comme des Achilles, beaux comme des Apollons. D’autres sont adolescents à la fragilité physique démentie par la vigueur de leurs battements de tambour. Si le benjamin du groupe n’est pas plus haut que son tambour, il se démène comme un petit diable.

Le public vibre aux ondes sonores et aux prestations des danseurs. Il commente, applaudit, hurle et trépigne dans son espace trop restreint pour les imiter. Soudain, les tambourinaires concluent leur prestation. La ferveur ambiante retombe aussi net, laissant chacun ruisselant de sueur et d’émotions fortes.

Le tambour burundais

Le tambour burundais est creusé dans le tronc massif de l’arbre umuvugangoma, tendu d’une solide peau de vache. Il est au coeur de l’âme burundaise, intimement lié à l’agriculture, à la fécondité et la royauté.

Autrefois, le tambour du Burundi avait valeur d’objet sacré réservé à des fins cérémonielles. Ses battements célébraient les événements de la cour royale et rythmaient les cycles agricoles. Une fois l’an, le roi et son peuple célébraient la fertilité de la terre. Le tambour royal, symbole de la nation, recevait les hommages des tambourinaires sortis de leur sanctuaire respectif, suivis des délégués des communautés rurales de tout le pays.

Aujourd’hui le tambour burundais conserve cette vocation festive et cérémonielle, en plus d’une vocation d’instrument de culture populaire. De nombreux groupes de jeunes tambourinaires fleurissent dans les écoles, les villages et les quartiers populaires. Les meilleurs d’entre eux se produisent régulièrement à l’étranger.

La troupe de tambourinaires qui animaient l’événement du jour est composée essentiellement d’orphelins tutsis et hutus, rescapés des massacres inter-ethniques de 1993 et bien résolus à une vie plus pacifique et heureuse.

La fête se poursuit avec la production d’autres groupes de danseurs et danseuses, ainsi que son inévitable florilège de discours pompeux.

Le soir, les adultes sont fatigués par l’effort et le soleil. Pas les enfants. L’euphorie festive aidant, ces derniers se font artistes pitres et hilares.

Rencontré dans les derniers instants de cette journée, cet homme dans sa cinquantaine, auguste vieillard selon l’espérance de vie burundaise. Sorte de directeur artistique d’une troupe locale de danseurs, il ponctuait leur chorégraphie énergique mais brouillonne en soufflant vigoureusement dans une corne de vache en guise de trompette. Stupéfait, puis satisfait du cliché électronique, il m’a quitté sans mot dire, le sourire aux lèvres.

Riche et belle journée que celle-ci.

Bien à Vous,

Bertrand