Maroc – Fès – Moussem Moulay Idriss

Published: 02/10/2010 | Documented: Sept. 2010
Categories: Morocco, North Africa

Fès

Pour un peu, j’aurais raté le moussem. Me voyant sortir vers la médina, la réceptionniste de mon hôtel à Fès m’interpelle : “Vous n’assisterez pas au moussem Moulay Idriss cet après-midi? C’est une belle fête traditionnelle qui débute d’ici peu tout proche d’ici.” Je me renseigne davantage. Les moussems émaillent le calendrier festif traditionnel marocain. Ils célèbrent les arts et traditions populaires en rendant souvent hommage à un saint homme.

Le moussem Moulay Idriss rend donc un hommage annuel au fondateur et au saint patron de la ville de Fès. Il s’agit de Moulay Idriss II, qui a guidé au début du IXe siècle l’essor de la ville sur les traces de son père Moulay Idriss I. Si Moulay Idriss II est mort jeune en 928, son empreinte a été décisive et durable sur la capitale impériale de la dynastie idrisside.

Le moussem Moulay Idriss se prépare longtemps à l’avance. Diverses corporations de métier réunissent des offrandes. Les tisserands confectionnent un tissu de soie brodé d’or qui revêt la tombeau du saint durant une année, avant son remplacement lors du prochain moussem. Les autres corporations offrent de grandes bougies d’illumination du sanctuaire, ou encore des taureaux en sacrifice.

Le jour du moussem, le transport des offrandes à travers la ville jusqu’au sanctuaire de Moulay Idriss II, situé en plein coeur de la médina, s’effectue au travers d’un cortège coloré et animé de chants et de danses en habits traditionnels.

A mon arrivée dans la cour intérieure de l’ample maison patricienne, les participants au cortège du moussem s’agitent dans leurs derniers préparatifs. Une cohorte d’anciens veille jalousement sur un petit catafalque superbement décoré: le dais de soie brodée d’or, assurément. De volumineux couvercles coniques dissimulent les autres offrandes. Dehors, un imposant taureau attend placidement sa fin imminente.

Au signal, les danseurs et tambourinaires, qui posaient pour une dernière photo, s’élancent dans une danse endiablée. Précédés par une grappe de notables endimanchés, les porteurs d’offrandes les suivent en bon ordre. Puis d’autres musiciens, le taureau et les badauds.

J’accompagne le cortège pendant trois bonnes heures à travers la ville. De riches moments photographiques, épuisants aussi car il faut agir vite et bien.

Des chants et des danses bien sûr, mais aussi des personnages singuliers, tel ce porteur d’eau potable qui tire son breuvage d’une outre de cuir et le distribue gratuitement aux badauds. Version plus moderne et fade, ma bouteille d’eau a néanmois étanché la soif d’un bon nombre de festivaliers et spectateurs. Eh oui, humanitaire toujours.

A proximité de notre fontaine ambulante, des adolescents de type fashion victim vibrent malgré tout au passage du moussem. La fête traditionnelle n’exclut pas la drague parmi les jeunes, malgré de sensibles différences vestimentaires.

J’abandonne le cortège aux portes de la médina, sous les sonneries tonitruantes de trompettes, commes aux portes de Jéricho. Le cortège, lui, se faufile encore jusqu’au sanctuaire de Moulay Idriss II, réservé aux seuls Musulmans. Je me console aisément d’avoir découvert de façon aussi inopinée qu’heureuse un moussem marocain.

Meknès

Plus de sept siècles après Fès, sa voisine Meknès a brillé grâce à un autre Moulay – le sultan Moulay Ismaïl – de la dynastie saharienne des Alaouites. En 1698, l’un de ses ambassadeurs de retour de Versailles lui conte mille merveilles de la vie de cour française, et cent mille merveilles de la beauté d’Anne-Marie de Bourbon, fille de sang de Louis XIV. Moulay Ismaïl demande aussitôt la main de la princesse auprès du Roi Soleil. En vain.

De sa capitale de Fès, le sultan, dépité et courroucé, décide alors de construire une nouvelle capitale impériale dont la splendeur dépasserait Versailles. Et d’entreprendre le développement rapide, ambitieux et fastueux de Meknès.

Les peines de coeur conjuguées aux desseins politiques ont engendré des merveilles architecturales, tel le Taj Mahal à Agra en Inde. Moulay Ismaïl a-t-il réussi dans son entreprise? A vous de départager Meknès et Versailles lors de vos prochains voyages.

Bien à Vous,

Bertrand