Malaisie – Bornéo – En famille

Published: 26/05/2011 | Documented: Apr./May 2011
Categories: Malaysia, Southeast Asia

Bornéo compte une quarantaine de groupes ethniques, eux-mêmes subdivisés en une myriade de sous-familles et autres clans.

Village-musée, Etat du Sabah

Impossible de les appréhender sans quelques raccourcis. J’ai visité un village composé de six maisons typiques d’autant de groupes ethniques de l’état de Sabah. Village virtuel, car il n’existe que pour exposer les us et coutumes de ces composantes ethniques. Mais village vivant, animé par des indigènes qui y présentent leur culture.

A Bornéo plus que partout ailleurs, l’homme doit tout à la forêt. Il en tire son habitat, sa nourriture, ses vêtements, ses revenus. Dans le mode de vie traditionnel, le bambou est roi : matériau de construction, sarbacane, pierre à feu et combustible, marmite à pression, récipient multiple, instrument de musique, et j’en passe.

La vie traditionnelle s’ancre autour de la long house, longue habitation de bambou montée sur pilotis, dont les dimensions modulaires reflètent les besoins du clan familial qui l’occupe. Les femmes dorment à l’étage.

Dans l’imaginaire occidental en mal d’exotisme, les multiples cultures tribales de Bornéo se résument souvent aux chasseurs et coupeurs de tête. La pratique a bel et bien existé jusqu’il y a environ deux générations. Les dernières têtes indigènes coupées seraient tombées lors de raids menés dans le Kalimantan voisin, dans la partie indonésienne de Bornéo.

Couper la tête d’un ennemi représentait un précieux acte de bravoure pour le jeune homme à l’égard de sa future épouse et de sa belle-famille. Suggérée par un chaman, la pratique visait parfois à enrayer une calamité naturelle ou un mauvais sort. Dans tous les cas, les victimes fauchées dans d’autres groupes ethniques n’aidaient guère aux relations de bon voisinage.Si bien qu’on trouve encore aujourd’hui dans certaines maisons traditionnelles, des grappes de crânes humains suspendus dans un entrelacs de ficelles. Je n’en ai vu qu’en photos.

La maison traditionnelle des Murut comporte un trampoline de bambou, sur lequel les chasseurs de tête fêtaient leurs victoires en jouant à atteindre une sorte de mât de cocagne.

La culture tribale à Bornéo se décline également sur scène. La chasse aux têtes y est mimée dans une danse au réalisme troublant. Quant à la danse des bambous, elle requiert une formidable concentration et agilité des danseurs, afin d’éviter élégamment les perches mues latéralement par leurs compagnons.

Festival culturel, Kota Kinabalu

A l’échelle supérieure, les groupes ethniques de l’état de Sabah se mettent en scène une fois l‘an lors du Cultural Extravanganza, un festival culturel tenu annuellement à Kota Kinabalu. La Toile m’a aidé à le repérer pour y être au bon moment. Chaperonnée par les autorités malaisiennes, la manifestation culturelle a pour pierre d’angle une comédie musicale réunissant 500 participants.

L’avant-spectacle est décevant, amidonné dans un formalisme excessif guère atténué par les productions musicales. En rangs d’oignon, les participants au spectacle et des dizaines d’enfants forment des haies d’honneur.

Heureusement, l’œil y trouve son compte, à condition de décrisper les visages engoncés dans leurs costumes festifs.

Après une longue attente, le spectacle débute enfin. Il s’agit de l’Odyssée des sept frères, une légende contant l’origine d’une famille ethnique de Sabah – les Kadazandusuns.

Minée par des luttes intestines, une famille de sept frères se désunit et se disperse dans tout le nord de Bornéo. Attristé, le plus jeune d’entre eux entreprend ultérieurement la réunification familiale. Il écume Sabah pour y retrouver ses six frères et leurs clans.

Superbe voyage à travers l’histoire et l’identité ethnique de Sabah, dans une mise en scène résolument moderne. Les photos n’étant guère autorisées, en voici juste deux fugaces clins d’œil.

De toute façon, mon appareil photo flirte davantage avec les participants qu’avec la comédie musicale. L’après-spectacle constitue mon festival à moi. Je croque enfin les participants radieux, détendus et spontanés, dans un déluge de couleurs vives et de hourras.

Les anciens frères ennemis ont désormais pacifié leurs relations mutuelles, forgé une nouvelle convivialité. L’odyssée est-elle terminée ? Une autre a débuté depuis quelques décennies, avec l’ouverture de Bornéo sur l’étranger.

Bornéo a profilé sa riche culture pluri ethnique en un puissant argument touristique. Elle entend valoriser sainement sa culture, en tirer un beau profit sans la galvauder. Jusqu’à présent, elle l’a fait de façon généralement respectueuse de ses traditions comme des visiteurs. Certes, certaines pratiques culturelles devaient évoluer. Certes comme partout, le visiteur doit choisir judicieusement ses modalités de séjour.

« Nowadays some headhunters have become moneyhunters », me glisse aigrement un guide. Je n’ai heureusement pas rencontré à Bornéo de ces chasseurs de tête reconvertis en chasseurs de primes. Rien que des gens agréables et raisonnables, comme des frères.

Bien à Vous,

Bertrand