Jordanie – Wadi Rum Full Moon Marathon 2013

Published: 27/05/2013 | Documented: May 2013
Categories: Jordan, Middle East

Vous vous rappelez Wadi Rum, ce somptueux désert lové dans le sud de la Jordanie. Un pont vers la sérénité, une fenêtre vers la félicité.

J’y ai rencontré la lune une nuit d’octobre dernier. Ronde et pleine, distillant son éclat translucide et délicat. Ensorcelante au point de me susurrer de courir aux étoiles sous son disque opalin. C’est chose faite. Avec trois comparses, j’ai participé le week-end dernier à un semi-marathon dans le désert de Wadi Rum. La lumière de la lune (nour al-khamar) a guidé nos pas.

Peu à conter des préparatifs du Full Moon Marathon 2013 hormis le briefing des coureurs. Le ton est aussi sec que celui d’un briefing opérationnel d’un commando de US Marines. Trois boucles à choix : 10, 21 et 42 kilomètres. Tous les ans, des coureurs se trompent de parcours, voire s’égarent dans le désert malgré la signalisation lumineuse. Voici deux ans, une tempête de sable a fouetté et glacé les participants pendant de longues heures. Le gilet réfléchissant est incontournable, la laine polaire recommandée.

Au dehors, l’ambiance est plus légère. Baignée du parfum épuré et sauvage du désert, l’aire de départ connait une ambiance décontractée peu commune malgré l’imminence du départ. Je suis tenté par un galop fou au guidon d’un puissant squad. Non, tout de même, dame Lune n’apprécierait pas, elle qui m’avait suggéré de courir aux étoiles…

L’afflux moutonnier des participants remplit peu à peu l’aire de départ. Beaucoup d’Anglo-Saxons et d’Européens ; quelques Asiatiques ; bien peu de Jordaniens. Les coureurs chevronnés rivalisent de raffinements techniques : chaussures protégées de housses anti-sable, bas anti-crampes, ceinture de gourdes ou camel back, GPS ou même boussole. Affront à l’astre lunaire, certains arborent même une lampe frontale.

Soucieux de minimalisme logistique, j’enfile à contrecoeur un gilet d’éboueur fourni par les organisateurs. Pas de laine polaire. Pas d’eau, car je compte sur les points de ravitaillement jalonnant les 21 kilomètres du parcours. En revanche, mon Leica à la main.

Plus que dix secondes… moteur… on décolle !

Les mollets pressés s’égrènent rapidement le long d’une longue plaine ascendante. Le terrain porte bien la foulée, mais pas pour longtemps. Banc de sable mou, la première pente donne la mesure des pièges du désert.

Au loin, quelques Bédouins et leurs chameaux observent le spectacle, mi placides mi goguenards. Face aux nomades au repos, la caravane passe. Caravane sans chapelet de chameaux qui blatèrent ni de meute de chiens qui aboient. Caravane de sédentaires suants et soufflants, en mal d’espace et de temps.

Après un premier ravitaillement, la lumière diurne prend un tour crépusculaire. La nuit est proche. Les lumières crues d’un tout-terrain confirment la voie.

Soudain, dame Lune apparaît à ma droite. Elle n’indique guère la direction à suivre, car elle rayonne partout à la ronde. Mais sa clarté confère au désert et à notre pérégrination un relief et un éclat uniques.

Je croise ce marathonien, un vrai de vrai, parti pour 42 kilomètres. 45 kilomètres en fait, car le malheureux s’est trompé d’itinéraire et revient sur ses pas pour emprunter la bonne piste.

La clarté se fait toujours plus diffuse et sourde, lunaire. Des falots à la lumière tremblotante plantés dans le sable à intervalles réguliers tissent un fil d’Ariane à travers un paysage de carton-pâte. Même les coureurs asiatiques se départissent de leur traditionnelle retenue émotionnelle pour oser des ‘waouh’ d’extase malgré l’effort.

La nuit s’impose, combattue courageusement par dame Lune. Les yeux s’aiguisent pour deviner le parcours et le relief. Au fil des kilomètres et en dépit de l’obscurité, les semelles décodent la dureté du terrain, traquent le dur, fuient le mou. Ici, un erg au sol dur comme la pierre. Là, du sable mou qui épuise. Décoder, contourner, s’adapter, avancer, apprécier.

Je bute dans de grosses dunes de sable, pagaie péniblement dans la pénombre jusqu’à leur faîte. Une dizaine de chameaux esseulés m’y attend sans mot dire. Assoiffé, je tente de m’inspirer de leur sobriété légendaire. C’est que les ravitaillements ne sont pas aussi nombreux qu’annoncés lors du briefing.

Là-bas, au loin, un 4×4. Cinq kilomètres encore jusqu’à l’arrivée, m’indique son conducteur. Celui-ci m’offre de me délester de mon Leica, ce que je refuse bien évidemment. Par contre, une bouteille d’eau glacée. Une rasade sur ma nuque m’électrise et me propulse au loin.

Plus loin, une immense plaine, ponctuée de quelques falots grelottant dispensant une maigre, mais vitale lueur. J’hésite malgré tout, en raison de véhicules 4X4 visibles dans de multiples directions. Je consulte dame Lune qui m’oriente sans ambages. Nour al-khamar est bonne conseillère, car je repère bientôt la lumière crue et le brouhaha de l’aire d’arrivée.

Sitôt la ligne franchie, je m’y déleste illico presto de mon gilet d’éboueur. Puis je déguste quelques boissons fraîches et la lumière chaude d’un grand feu de bois.

Ca y est : j’ai couru les étoiles sous la bienveillante nour al-khamar. Sans gloire ni récompense, sinon celle d’une expérience rare et précieuse.

* * *

Mon retour à Wadi Rum m’a permis de revoir Salem, l’ami bédouin qui a guidé mes premiers pas dans le désert. J’ai goûté à nouveau au charme d’une nuit sous la tente dans un décor minéral grandiose, savouré la cuisine traditionnelle bédouine mijotée à l’étouffée dans un baril fermé et enfoui dans le sable, siroté le thé bédouin – très chaud et sucré, parfumé de thym ou de sauge sauvage.

Le lendemain du Full Moon Marathon, un petit trek de décrassage nous amène, nous les quatre mousquetaires, dans un canyon mignonnet qui cristallise le charme de Wadi Rum. Juste magnifique. Juste un peu beaucoup très chaud.

* * *

Je vous vois venir. Vous ne me laisserez pas conclure sans connaître le vainqueur du Full Moon Marathon 2013. Je l’ignore. Quant à notre ordre d’arrivée, à nous quatre, le premier…

…. N’est assurément pas moi, trop poseur pour nourrir de vraies ambitions de vainqueur.

… Ni Anselm, malgré ses airs de conquérant.

… Oui, il s’agit bien de Vincent – ici au repos du héro fatigué.

… Et Fabien ? S’il ne s’est pas imposé dans notre quatuor, il est reparti de Wadi Rum avec un trophée de vainqueur. Celui de notre ami Salem, qui a remporté le semi-marathon en 2011. Pieds nus et haut-la-main.

Au moment de notre départ de Wadi Rum, Salem a offert son trophée à Fabien. Pour sa part, Fabien tentera de gagner le semi-marathon de 2014 afin de remettre sa distinction à Salem. Beau cadeau, beau défi.

Bien à Vous,

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