Jérusalem – Sociologie d’une cohabitation (1)

Published: 21/06/2013 | Documented: June 2013
Categories: Israel, Middle East, Palestine / Occupied Territories

Jérusalem, la ville phare du Moyen-Orient où convergent cultures, religions, passions et tensions. Voici quelque temps, trois de mes billets vous ont proposé tour à tour une perspective musulmane, juive et enfin chrétienne de la cité historique de Jérusalem.

Ici, mon œil et ma plume vagabondent dans divers quartiers de la Jérusalem, curieux du quotidien de Monsieur ou Madame Tout-le-Monde. La perspective est sociologique, franche de jugements de valeur ou de considérations politico-religieuses. Mon errance urbaine examine successivement eau et habitat, commerce, divertissements, écologie, santé publique, démographie et relations de genre. Ma plume conclut à une incontournable cohabitation, même pragmatique, entre les composantes sociales de la Jérusalem contemporaine. Sociologie d’une cohabitation, acte 1.

Eau

A mon arrivée à Jérusalem, je ne résiste pas à une promenade le long des remparts de la vieille ville. Au travers de diverses expositions itinérantes dont Cool Globes, Jérusalem se fait le chantre d’une conscience écologique balbutiante au Moyen-Orient. Le changement climatique bien sûr, mais aussi et surtout l’eau, cet or blanc qui cristallise tant d’enjeux sociétaux dans la région.

Habitat

Je traque la cohabitation, voire la convivialité et même la connivence,  dans divers quartiers de Jérusalem. Avec des fortunes diverses. Les quartiers les plus huppés sont indéniablement habités de familles juives, délimités par des frontières invisibles quoique pas complètement étanches – à l’instar du vieux Jérusalem. Les vieux murs et le labyrinthe de la vieille ville me happent et m’enchantent. Ruche bourdonnante malgré la chaleur et la promiscuité. Face à l’étranger, sourire et méfiance se côtoient, excluant tout rejet. Jérusalem est bien le nombril du monde – monothéiste à tout le moins.

Les raisons et les raisins de la colère se présentent spontanément à moi. Les quartiers arabes sont surpeuplés, l’habitat souvent vétuste, l’eau toujours rare et précieuse. Quelques familles juives y vivent, retranchées dans des mini-citadelles.

A mon arrivée, un jeune Arabe prend spontanément la pose dos au drapeau palestinien, l’air défiant. Je tente en vain d’adoucir son regard et sa gestique. Un jour peut-être, il reliera le symbole de sa boisson préférée avec sa vie quotidienne pour réaliser qu’il est connecté bon gré mal gré à d’autres cultures, y compris à celle qu’il entend défier.

Plus loin, un graffiti dépeint le Dôme du Rocher, situé sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem. Le Dôme contient une pierre sacrée tant pour les Musulmans que pour les Juifs. Autre motif pour un plaidoyer de nécessaire convivence sociétale.

Hors des murs du vieux Jérusalem, l’habitat des quartiers arabes y est aussi compact, soucieux d’occuper et de valoriser toute superficie utile. Surtout si le Dôme du Rocher est en vue.

Commerce

Il est vendredi après-midi – l’heure des derniers achats avant le sabbat hebdomadaire pour la communauté juive. Une heure privilégiée pour réaliser de bonnes affaires, mais aussi pour observer les interactions sociales,  au soleil et à l’ombre, au niveau des yeux comme à ras le sol.

A l’orée du sabbat, on achète utile : nourriture surtout, ainsi que mercerie et habillement. Le pain-tresse se vend comme des petits pains, alors que le pain-baguette a aussi ses chalands. Beaucoup de produits alimentaires se retrouvent dans n’importe quel marché de Jérusalem.

Les marchés arabes ne sont guère différents, quoique moins concentrés géographiquement et moins structurés. Davantage de ventes improvisées dans la rue par des paysans-marchands vendant directement leur récoltes. Même les ventes improvisées tentent de créer un espace agréable pour le chaland, sinon tranquille du moins ombragé.

En matière alimentaire, le fallafel est incontournable du côté palestinien. J’ai su l’éviter quand même pour apprécier leur pain, invariablement de forme ovale. Je me suis régalé d’abricots de saison, fondant sous la langue en enchantant le palais. Et gorgé de boissons fraîches mariant l’acidité du tamarin à la douceur du sucre. Car la cuisine arabe ne lésine pas avec le sucre.

A l’orée du sabbat, on achète pressé dans les marchés juifs. Cependant, on sait également s’y divertir grâce aux artistes de rues qui proposent contes, mimes et chansons à la cantonade. Rien de semblable dans les quartiers arabes visités. Question de place plutôt que différence culturelle, car je n’y ai vu aucune rue piétonne.

Peut avant 17 heures, c’est la débandade pour clore toute activité économique avant le début du sabbat. Les échoppes ferment en cascade, alors que les clients rentrent prestement chez eux.

Je ris encore dans mon for intérieur à la vue de ces hommes engoncés dans de sévères costumes sombres courir à tout rompre dans la rue afin de respecter leurs obligations religieuses du début du sabbat. Pour un esprit sain dans un corps sain…

A suivre,

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