Colombie – La costa caraïbe

Published: 12/12/2002 | Documented: 2002
Categories: America, Colombia, South America

La costa (côte) colombienne, c’est une région magnifique en bordure de la mer des Caraïbes, qui s’enfonce profondément dans la partie nord du territoire national. C’est aussi un mode de vie aussi savoureux, pour l’étranger, qu’un plato mixto (plat de fritures), aussi sonnant qu’une rasade d’aguardiente (eau-de-vie), aussi assommant qu’une soirée de vallenato (l’une des musiques traditionnelles), aussi déjanté qu’une soirée dansante. Morceaux choisis.

La corraleja

Comme son nom ne l’indique pas, le département de Sucre vit par et pour l’élevage bovin. Le taureau y est donc une affaire sérieuse ; sauf un jour l’an, lors de la corraleja.

Pour une corraleja, choisissez un terrain herbeux pas trop bosselé, construisez-y une arène circulaire rudimentaire qui sera démontée après les joutes. Installez dans les estrades quelques milliers de personnes, dont un bon pourcentage d’hommes éméchés. Parsemez l’assemblée de fanfares flonflons, aussi bruyantes qu’imprécises. Enfin lâchez dans l’arêne un taureau parmi les téméraires toreros sans cape ni épée.

La corraleja est une sorte de corrida façon costeña, populaire, joyeuse et déstructurée. Car tout un chacun peut s’essayer spontanément à la corraleja, au  péril de sa vie et à la plus grande joie des spectateurs. Le public apprécie davantage la hardiesse des toreros plutôt que leur art et leur élégance. Et se rit de leurs maladresses et de leurs peurs.

Si la corrida se voudrait science, la corraleja tient de l’opéra bouffe aux tonalités parfois violentes. Mais pour l’homme et non pour l’animal. Une bonne corraleja voit couler du sang d’homme tout en préservant la bête. Après quelques minutes de joutes, le taureau est capturé au lasso et ramené hors de l’enceinte.

Le spectacle est plaisant, l’ambiance survoltée. Francis Cabrel a si bellement fait chanter le taureau pour mieux dénoncer la cruauté de la corrida. Je l’inviterai à assister à une corrajela – à la revanche du taureau.

Mais curieux pays où la vie d’un homme paraît compter moins que celle d’un animal…

La gaita

La gaita, c’est le phoenix des bois de la costa. Simple flûte à l’embout de cire charbonnée muni d’une hampe de plume d’oiseau en guise de bec. Malgré sa simplicité, la gaita est l’instrument emblématique de la musique costeña depuis des lustres.

Ni les coups d’œil ni les coups de plume ne vous rendront la sonorité unique de la gaita. Je l’ai aimée, surtout en accompagnement vocal. Plus encore, j’ai apprécié des musiciens costeños hors pairs, amoureux de leur terre et de leur culture. Leur musique est à portée de quelques clics de souris…

Carthagène

Carthagène est la perle de la côte, le chouchou des touristes colombiens comme étrangers. Elle porte son histoire coloniale avec fierté, malgré notamment son rôle dans la traite des esclaves. Mieux, elle revendique son histoire coloniale et africaine pour jouer son rôle vedette dans le grand-théâtre culturel mondialisé.

J’ai passé des moments rares et intenses à Carthagène. Pêle-mêle : une maison d’hôtes à l’accueil et aux petits-déjeuners somptueux ; d’exquis trekking urbains dans le quartier historique ; des bruits, des odeurs et des couleurs vives ; les frayeurs d’une tentative d’agression en pleine rue ; des soirées dansantes mémorables ;

Tant de délicieuses soirées en bonne compagnie sur le toit en terrasse d’un délicieux restaurant que son personnel de service me saluait d’un sourire complice entendu ; une culture décomplexée et à fleur de peau, à la Botero ; des excursions sur les îles voisines, les yeux gavés de soleil, de sable et de nuages.

J’ai tant aimé Carthagène que j’ai sérieusement envisagé de m’y établir. Mais comme un bonheur n’arrive jamais sans nuage ni faucons, Carthagène paraît victime de son succès. Son quartier historique se vide peu à peu de ses habitants de longue date, perdant donc un peu de son âme. Alors que les prix de l’immobilier prennent l’ascenceur.

N’importe. J’y reviendrai dès que possible. Pour un jour, pour un mois, ou pour beaucoup de jours.

Bien à Vous,

Bertrand