Inde – La cité bleue de Jodhpur

Published: 01/04/2006 | Documented: March 2006
Categories: Asia, India, South Asia

Durant sa période bleue, Pablo Picasso a certainement séjourné à Jodhpur, dans le Rajasthan indien. Il a mélangé ses pigments indigo à l’eau trouble d’un des bassins de la ville. Puis son pinceau a dessiné des ciels à l’azur intense, sa brosse a lavé d’un bleu pastel l’enchevêtrement cubique des vieux quartiers. Picasso n’a osé toutefois toucher à l’ocre de la forteresse qui surplombe la cité joyau du Rajasthan.

Le fort Mehrangarh

Le fort Mehrangarh (fort Majesté) mérite bien son nom. Du haut de sa colline, il s’impose au regard et impose par ses proportions.

 

Les Rajpoutes, guerriers aussi féroces que romantiques, bâtissent la citadelle entre les XVe et le XVIIe siècles pour mieux affirmer leur emprise régionale et résister à l’envahisseur. A la lisière du désert du Thar, le fort Majesté commande l’une des routes commerciales qui relient le sous-continent à l’Asie centrale.

Une fois franchies les sept portes successives de la citadelle, je découvre un complexe de palais, de temples, de cours intérieures et de jardins à l’architecture délicate et ouvragée. Pas besoin d’être féru d’histoire ou doux rêveur pour imaginer les agréments de cette vie de château. Toutefois, le confort et la volupté y jouxtent le culte martial de la guerre. La salle d’armes est centrale dans la distribution spatiale. Les hommes s’exerçaient très régulièrement au maniement des armes et peaufinaient leur forme physique. Dans leurs somptueux appartements ajourés de persiennes de pierre dentelée, même les épouses et concubines du maharajah modelaient leurs formes au moyen d’haltères finement décorées.

Les compagnes des princes rajpoutes pratiquaient le sati – leur immolation collective sur son bûcher funéraire. Une muraille intérieure de la citadelle Mehrangarh porte l’empreinte de 31 paumes royales victimes du rite macabre. 31 mains menues et presque enfantines, recouvertes de feuilles d’argent et de vermillon, ornées de guirlandes florales. La pratique était courante à Jodhpur jusqu’à une époque récente: 46 compagnes d’un maharajah défunt s’y sont immolées ainsi en 1731.

La cité bleue

Les canons qui jalonnent aujourd’hui les dix kilomètres de remparts rappellent les heures sombres de l’histoire rajpoute. La promenade sur les murailles autorise surtout des perspectives magnifiques sur le jeu de Lego bleuté de la vieille ville en contrebas.

Autrefois, seuls les brahmanes enduisaient leur maison d’indigo. Depuis lors, le bleu fait recette à Jodhpur, car il maintient la fraîcheur des demeures et éloigne les insectes. Des centaines de maisons de pierre s’entassent en un urbanisme compact et torturé. Leurs façades se déclinent en un camaïeu de bleus, oxygéné par quelques rares îlots de verdure. Une fois plongé dans l’océan bleuté, le charme ambiant n’est en qu’accru. On se perd avec délice dans les ruelles lilliputiennes, sans autre repère qu’Hélios et la citadelle.

Les gens sont exquis de courtoisie. Perchée sur son balcon, une jeune fille m’interroge suavement sur mon nom et ma nationalité pour conclure par un magnifique : « You are very beautiful ! » J’en tombe presque en pamoison.


Rencontre inter-culturelle

Plus loin, un vieil homme enturbanné s’enquiert de ma profession:

– « I am humanitarian worker.

– Vegetarian worker?

– No, humanitarian worker.

– Is that like money worker?

– No, like aid worker.

– AIDS worker?

– Not exactly, tough it is also about helping people. »

Les mots peinent à se situer dans un urbanisme si exquisément anarchique qu’il en devient une galerie d’art et même une somptueuse œuvre picturale. La cité bleue du Rajasthan se contemple et se déguste avec raffinement.

Le bleu était déjà ma couleur favorite en matière d’habillement. Lors de ce séjour à Jodhpur, je décrète que les murs de ma future demeure – château, villa ou masure – seront également de cette couleur. J’y peindrai ma première toile de maître, dans des tons azurés, évidemment.

Autres cités du Rajasthan

Jodhpur ne s’est pas appropriée tout l’azur indien, pas plus qu’elle ne résumerait le Rajasthan. Jaipur, Agra,  Judaipur, Pushkar, Jalsaimer ont également charmé mes appétits photographiques.  Peu importe le lieu, somme toute. Partout, des gens à rencontrer et à raconter.

Bien à Vous,

Bertrand