Colombie – Fièvre carnavalesque à Baranquilla

Published: 13/03/2007 | Documented: Feb./mar. 2002 & 2007
Categories: America, Colombia, South America

A mon arrivée sur l’aéroport de Baranquilla, le ciel est azuré, l’air est chaud. Rien à voir avec les frimas européens que j’ai quittés voici quelques heures après un bref transit. Dans le hall d’entrée de l’aéroport, une gerbe de jeunes filles légèrement vêtues s’approchent des passagers, tout sourire, pour leur passer au cou une couronne de fleurs, façon Hawaï. Et de nous souhaiter un bon carnaval. Rien à voir avec le Pakistan que j’ai quitté voici quelques jours après 18 mois de séjour.

Carnaval de Baranquilla

Le carnaval de Barranquila compte parmi les plus fameux d’Amérique latine. On vient depuis loin pour s’y encanailler l’espace de quatre jours. A Baranquilla, je ferai donc comme les Baranquillais.

Sur la route, des bandes de pseudo guérilleros ou paramilitaires extorquent gaîment quelque monnaie aux automobilistes. Les coffres des voitures baillent sur les jambes d’un pantin cadavérique. Au centre-ville, la fièvre gagne déjà les rues menant vers les avenues où se tiendra la grande parade du jour.

Studieuse cité universitaire parcourue de larges avenues, Barranquilla se livre tout entière à la folie du carnaval dans des parades qui tutoient celles de Rio ou de Berlin. Le rendez-vous carnavalesque conjugue les éléments réinventés par les parades techno : la communion joyeuse de la multitude dans un déluge déluré de sons, de corps et de couleurs.

Inutile de me rouler dans la farine pour me punir de mes turpitudes, c’est déjà fait. Outre danser et boire, l’activité favorite des Baranquillais encarnavalés consiste à s’enfariner copieusement de maizena. Oui, de la bonne maizena qui vous soulève d’aise tout cake en devenir, qui vous mue toute masse fromageuse en une onctueuse fondue.

J’ai apprécié l’exercice poudré, mon matériel photo beaucoup moins. Les autorités locales ont vainement tenté de refréner un tel gaspillage alimentaire en proposant à vil prix du talc, parfumé de surcroît. Les Baranquillais ont boudé cet ersatz de pacotille qui ne colle ni à la peau ni à la chevelure. La maizena convient décidément mieux à la qualité du pain et des jeux.

Le défilé fait la part belle aux comparsas – groupes de plusieurs dizaines de danseurs et danseuses costumés et accompagnés d’un petit orchestre ambulant. Leurs chorégraphies sont gracieuses et complexes, ondulantes et chatoyantes, illuminées de sourires festifs.

Le carnaval de Baranquilla met tout sans dessus dessous, sur un mode souvent sexy, ironique et burlesque, tantôt sanguinolent ou macabre. Les jeunes beautés trônent sur des chars, alors que leurs aïeules suivent à pied. Même le roi du carnaval, le momo Jojoy, marche, et le sourire aux lèvres. Normal, nous sommes sur la costa colombienne, pardi !

Quelques chars moins prétentieux tournent en bourrique les grands de ce monde. Enfin la foule des anonymes rivalise, sinon d’élégance, du moins d’originalité ou d’à-propos politique. J’y ai rencontré au moins une dizaine d’Oussama Ben Laden et une bonne poignée de mollah Omar, tous plus terrifiants et américanophobes que nature. Non, pas de photo disponible.

Mon appareil photo préfère décidément la gent féminine. La faute à ce fichu accueil fleuri à l’aéroport. Ou au froid européen. Ou au Pakistan. Je ne sais plus. Symptome classique de la fièvre baranquillaise, selon mon médecin…

Bien à Vous,

Bertrand