Rwanda – Noël avec les gorilles des Virungas

Published: 29/12/2007 | Documented: Dec. 2007
Categories: Africa, East Africa, Rwanda

Gorilles dans la brume des Virungas

J’avais retenu une seule image du film Gorilles dans la brume, réalisé en 1988 par Michael Apted. Une image pudique mais forte, relatant l’assassinat en 1985 de Dian Fossey. Cette scientifique étasunienne s’était passionnée dès la fin des années 60 pour l’étude et la protection des gorilles des montagnes rwandaises avant de disparaître,  probablement victime d’un braconnier. J’ai récemment visité un groupe de gorilles des montagnes rwandaises. De quoi partager avec vous une profusion d’images et d’impressions.

Située aux confins du Rwanda, du Congo et de l’Ouganda, la chaîne volcanique des Virungas qui culmine à plus de 4’500 mètres connaît souvent un climat froid, humide et brumeux. La fertilité des terres volcaniques nourrit un environnement végétal varié et luxuriant, presque impénétrable. Ce parc naturel transfrontalier abrite actuellement quelque 700 gorilles des montagnes, dont 380 sur le territoire rwandais.

A la recherche des gorilles

L’éco-tourisme de luxe développé au Rwanda pour visiter les gorilles de montagne draine une faune touristique aisée, voire fortunée. Parades de coq dans un coûteux équipement d’aventurier d’un jour, exhibition d’un matériel photographique sophistiqué acheté la semaine précédente, souffle court et pas incertain dans les premières pentes glissantes, profil bas lors des moments clés. Les spécimens les plus emblématiques de cette faune sont revenus crottés et épuisés. J’espère simplement qu’ils étaient aussi contents que moi.

Le quota quotidien de visiteurs est divisé en petits groupes placés chacun sous la responsabilité d’un guide et de ses pisteurs. Les groupes de visiteurs visitent tous un groupe spécifique de gorilles. Ce dernier comprend en principe un adulte mâle, ses quatre compagnes, deux jeunes d’une année et un bébé de trois mois.

Le briefing du guide nous fait saliver d’impatience et d’anxiété. Enfin, le départ à pied. Parti avant l’aube, un pisteur renseigne notre guide par radio sur l’emplacement des primates. Le groupe déguste son petit-déjeûner dans une zone périphérique de la réserve naturelle. Nous pressons le pas, puis stoppons peu avant la rencontre. Le matériel superflu est laissé à la garde des militaires qui nous accompagnent. Le guide rappelle les instructions: distance de sécurité, discipline, discrétion, interdiction du flash photographique.

Malgré le briefing initial, rien ne se déroule comme je l’imaginais. Poussant de petits cris gutturaux, les pisteurs prennent langue avec le chef de famille pour annoncer notre visite. Encore invisible,  celui-ci répond par des grognements que je juge peu amènes, mais qui tranquilisent notre guide.

Plus haut, nous découvrons le grand mâle au dos argenté, veillant sur sa femelle préférée qui se régale dans les hauteurs d’un boisseau de bambous. Le chef de clan est impressionnant. Un mâle est adulte dès 12 ans. Il pèse plus de 200 kilos et mesure plus de deux mètres lorsqu’il se dresse sur ses deux membres inférieurs.

A la suggestion du guide, je me hisse sur la pente raide et glissante en nous agrippant aux lianes, jusqu’à un petit promontoire à une dizaine de mètres du gorille au dos argenté. Sans crier gare, celui-ci appelle sa compagne et s’engage à grande enjambées vers notre direction. Accroupis, nous lui ménageons un petit passage sur le sentier en dépit de la pente.

D’un revers de sa main ponctué d’un grognement, le gorille nous balaie sans ménagement pour frayer un passage à lui-même et sa femelle. Je n’ose qu’un regard furtif au mâle, décroche un regard plus appuyé à sa compagne qui porte son bébé âgé de trois mois. Quelle entrée en matière!

Après avoir repris mes esprits, je prends encore de la hauteur: le mâle adulte veille sur deux de ses femelles, les deux jeunes et le bébé. Sa stature est massive, sa tête énorme, son faciès impressionnant. J’en oublie presque que je tenais à la main mon appareil photographique. Mais ma main tremble du trop-plein d’émotion. Ce sera l’unique souvenir photographique.

Le gorille adulte nourrit ses 200 kilos d’un régime essentiellement végétarien, consommant jusqu’à 30 kgs de plantes, graines et fruits agrémenté de fourmis et autres insectes. Le bambou constitue l’un de ses mets favoris. Son aisance à rompre des pousses de bambou convainc sans peine de sa formidable force physique.

Nonobstant sa force brute d’animal sauvage, le gorille démontre un comportement étonnament proche de l’humain. Il se montre un chef de clan attentionné et vigilant, cultive l’esprit de famille par le sentiment conjugal et paternel Ses compagnes, elles, témoignent d’une coquetterie bien féminine et d’un très fort instinct maternel.

Quant aux petits gorilles, ils se montrent, sans surprise, des plus espiègles, curieux et mignons. Le guide s’efforce de brider leur curiosité envers les visiteurs, afin de ne pas fâcher le chef de clan.

Au delà-de ses apparences de colosse, le gorille des montagnes rwandaises est un géant aux pieds d’argile, très sensible aux modifications de son environnement naturel. L’homo sapiens a mis son existence en danger par l’exploration forestière, la violence armée et les maladies transmises involontairement.

Les spécialistes estiment, un siècle après la première rencontre d’un Européen avec les gorilles des montagnes, que la préservation de l’espèce menacée est en bonne voie. Pour ma part, ne n’oublierai pas ce Noël bien particulier passé en leur compagnie, guidé comme il se doit par un professionnel compétent et passionné.

 

Bien à Vous,

Bertrand