Pérou – Le canyon de Colca

Published: 09/01/2009 | Documented: Dec. 2008
Categories: America, Peru, South America

Les prospectus touristiques péruviens vantent souvent le canyon de Colca, situé au nord-ouest d’Arequipa, comme le plus profond du monde, plus de deux fois le dénivellé du Grand Canyon étasunien. De plus, le canyon abrite une importante colonie de condors, ces rois des airs andins. Alléchant.

Canyon de Colca

En fait, le canyon de Cotohuasi est plus profond que son voisin de Colca. Ce dernier s’observe à partir d’un niveau bien moins élevé que sa ligne sommitale. De plus, les pentes du canyon de Colca sont inclinées et non verticales, ce qui coupe l’effet de sa profondeur. Enfin, l’observation des condors est aléatoire, comme toute rencontre avec le monde animalier naturel.

Que les grincheux se rassurent: la visite du canyon de Colca vaut largement la peine, à condition d’y dédier le temps et l’énergie nécessaires. Plus de 1’200 mètres de dénivellé séparent l’observatoire des condors du fond du canyon. A mi-pente, il est davantage loisible d’observer des condors qu’au sommet du canyon. Irrigué par les hautes neiges andines, le canyon abrite une végétation abondante et surtout une population indigène collagua et colona. Assez pour motiver un trekking d’au moins deux jours dans le canyon.

Arequipa-Colca

A l’identique du voyage Cuzco-Puno, le trajet Arequipa-Colca est magnifique. Dans les hauts-plateaux, des grappes de lamas et d’alpacas paissent stoïquement sous un ciel où le soleil, les nuages, la pluie, la neige et la grêle jouent à cache-cache l’espace d’une matinée.

Descente dans le canyon

A l’orée du canyon, un guide local m’emmène dans les entrailles du monstre minéral. Au bord du canyon, la rivière paraît insignifiante ou infiniment lointaine. Un homme menant des mules lourdement chargées, surgit du gouffre, à peine marqué par l’effort physique fourni pour gravir le flanc de la montagne. « Partis à trois heures ce matin », indique sobrement le guide.

Condor

A peine engagé dans la pente, le guide avertit soudain: « Condor! ». Un grand mâle glisse souverainement au-dessus de nos têtes. Mon super téléobjectif tarde à se fixer sur son boîtier et à se pointer sur la cible, alors qu’il m’avait pourtant promis des miracles de disponibilité et d’efficacité. Il croque ensuite néanmoins un jeune mâle, puis une femelle, tous deux beaucoup plus éloignés que le premier. Ce sera tout pour les condors, peu enclins à fendre les airs en cette saison de reproduction. En revanche, j’aurai le plaisir inénarrable de crapahuter pendant deux jours, lesté de mon super téléobjectif. Je me console tant bien que mal en croquant un lièvre bonhomme qui se chauffe au soleil.

La descente est longue comme un jour sans eau. Le chemin défoncé par le va-et-vient muletier, montre son plus dur visage minéral.

Au fond du canyon

La rivière nous tient longtemps à distance, puis s’amadoue enfin. Une fois le pont franchi, une méchante montée ouvre un espace verdoyant semé d’une poignée de maisons. Le déjeuner!

J’avale mon repas auprès d’une famille locale. Des indigènes pure souche, empreints de la douceur et de la sérénité du lieu. Ils ne grimpent que rarement sur le haut plateau pour y vendre des produits agricoles et acheter l’indispensable. En face, une imposante paroi basaltique de tuyaux d’orgues et des conglomérats de terre soufrée rappelle l’origine volcanique du canyon. L’envie de poser son sac et de méditer l’espace d’une lune.

Le guide m’arrache à mes rêves pour reprendre le sentier à flanc de coteau. La partie inférieure de la vallée est stupéfiante d’exubérance végétale, naturelle comme agricole. Les fruits et les végétaux cultivés ailleurs y sont interdits, de peur d’introduire dans ce paradis des maladies inconnues. Las, le réchauffement climatique qui réduit la neige accumulée dans les hautes cimes amenuise également l’eau disponible à la vie végétale, animale et humaine. La communauté indigène locale se réduit peu à peu.

Le soir, l’oasis végétale, le plongeon dans la piscine, le repas et le lit douillet paraissent autant de mirages. Mais avant de les apprécier, il faut descendre. Encore.

La remontée

Le réveil à 2h45 est moins onirique et mirifique. Peu après, nous nous engageons sur le sentier escarpé à la lumière des lampes frontales. Mieux vaut cheminer de nuit pour éviter la chaleur et le découragement. En face, des lampes s’agitent: des villageois qui descendent jusqu’à la rivière, avant de suivre nos pas. Une femme-fusée nous avale sans peine ni bruit.

Plus haut, deux femmes négocient laborieusement un lacet en épingle, une lampe torche à la main. Elles portent à l’épaule un gros et long tuyau de canalisation, charrié depuis les hauts du canyon. Le tube sera installé en bas dans leur village. La pénombre s’atténue peu à peu. Un paysan et ses mules chargées de fruits nous dépassent à grands pas. Une petite fille haute comme deux pommes et lourde comme une plume ferme la caravane en sifflotant. Aux trois quarts de la montée, une femme venue du haut du canyon vend du maté de coca, du pain et des fruits. Un déjeuner festif dans les chaudes lueurs du soleil levant.

Après deux mille lacets, dix mille marches et trois heures d’efforts, la roche s’efface soudain devant des terrasses de maïs. Pour les indigènes croisés en chemin, il s’agit juste d’une journée ordinaire qui débute…

Bien à Vous,

Bertrand