Cap-Vert – Out of Africa

Published: 18/03/2011 | Documented: Feb. 2011
Categories: Cap-Vert, West Africa

J’ai adoré les références africaines du carnaval de Mindelo. De nombreux hommes et quelques femmes barbouillés de bitume, d’argile ou de peinture. Un barbouillis tribal et artistique, un art borigène.

Exquis pour les coups d’œil, mais plus embarrassant lorsque l’un de ces barbouillés sollicite radieusement une poignée de mains, alors que vous tenez votre précieux matériel photo…

 

Les barbouillés défilent tantôt en groupes indépendants, tantôt en guise de service d’ordre pour d’autres groupes costumés. Car leur apparence, leurs cris et leurs mimes féroces fendent rapidement les foules de badauds.

 

Héritage africain

Situé en plein océan Atlantique mais à seulement 650 km de Dakar, le Cap-Vert doit beaucoup au continent noir dans ses références culturelles et son histoire politico-économique.

L’archipel est inhabité lorsque les premiers Européens – des marins portugais – le découvrent au XVe siècle. Les premiers colons portugais importent bientôt une main d’œuvre servile en provenance d’Afrique de l’ouest. Le Cap-Vert connaît alors une prospérité relative qui décline dès le XVIIIe siècle. L’abolition de l’esclavage au XIXe siècle porte un coup fatal à cette économie coloniale.

Au XXe siècle, la longue lutte armée qui aboutit en 1975 à l’indépendance du Cap-Vert s’effectue elle aussi en lien étroit avec l’Afrique de l’ouest.

Amilcar Cabral, père de l’indépendance cap-verdienne, comprend l’importance de l’identité culturelle dans sa lutte politique. Quoique marxiste convaincu, il rejoint le courant intellectuel de la négritude, forgé notamment par le sénégalais Léopold Sédar Senghor au milieu du XXe siècle pour valoriser l’identité culturelle africaine face aux politiques d’assimilation culturelle mises en œuvre par les puissances coloniales. Grâce à la négritude, Cabral rattache sa lutte politique à la résistance anti-coloniale en Afrique de l’ouest.

Les barbouillés rappellent donc cet héritage et cette lutte historiques. Dans la joyeuse confusion carnavalesque, ils paraissent néanmoins davantage comme des visiteurs en provenance d’un autre âge et d’une autre partie du monde.

Identité insulaire

Quand vient le soir, les énergies chancellent et les esprits, même barbouillés, s’apaisent. Le barbouillé insulaire se rappelle alors qu’au quotidien, il parle un créole cap-verdien d’origine portugaise, qu’il danse sur des rythmes de samba brésilienne, et que sa culture contemporaine fleure davantage l’Amérique latine que l’Afrique. Qu’il est aujourd’hui avant tout cap-verdien.

N’importe, le carnaval annuel lui a permis de se remémorer, avec une pointe de nostalgie, qu’une part essentielle de son histoire et de sa culture émane de la matrice de l’humanité – le continent noir.

Out of Africa.

Bien à Vous,

Bertrand