Cap-Vert – Un cap pas si vert

Published: 27/03/2011 | Documented: Feb. 2011
Categories: Cap-Vert, West Africa

Le lendemain du Mardi gras, je prends la mer, comme tant de Cap-Verdiens depuis des siècles, fuyant les famines qui ont laminé la population indigène aux XVIIIe et XIXe siècles, en quête d’un Eldorado dans une case de l’oncle Sam ou ailleurs dans le vaste monde.

Port de Mindelo

Mes motivations sont heureusement moins dramatiques, mes ambitions plus modestes : récupérer du Carnaval dans un endroit tranquille et authentique. Pour ma mise au vert, j’ai choisi l’île voisine de Santo Antão. Choix peu périlleux, puisque son littoral s’aperçoit depuis le port de Mindelo.

Mindelo cultive de solides affinités avec la navigation maritime. Handicapée par la maigre végétation de son environnement îlien, Mindelo est créée tardivement au XIXe siècle autour de son port, qui devient une escale indispensable pour l’approvisionnement en charbon des navires transatlantiques. S’y développe alors une vie portuaire cosmopolite qui jette les bases culturelles de son rayonnement contemporain. Si les bars et les cafés de bas étage foisonnent, Mindelo accouche également d’une riche production musicale, littéraire, picturale, et plastique.

Aujourd’hui, l’île de São Vicente toujours aussi pelée et minérale, le port de Mindelo demeure le principal port du Cap-Vert, alors que Cesária Évora, la diva aux pieds nus, est native de Mindelo.

Cap sur Santo Antao

L’élément liquide et la pêche me captivent dès mon arrivée à Santo Antão. Reconnaissez qu’il y a de quoi.

Plus fertile, l’île de Santo Antão a attiré plus tôt et plus substantiellement l’activité humaine. Toutefois, les sécheresses répétées, la déforestation et l’agriculture intensives se sont conjuguées pour faire de cette île du Cap-Vert un cap pas si vert.

La côte de Santo Antão est effectivement superbe, quoique très minérale. Je quitte le littoral pour m’élever rapidement jusqu’à la cheminée d’un volcan éteint. Là, les Tropiques reprennent leurs droits, avec une profusion de canne à sucre et de bananes, ainsi que quelque produits maraîchers. Toutefois le monde minéral reste le plus fort. Faute d’humus, même les lits rocailleux des rivières servent de plantations.

Retour à Mindelo

En mal de culture moins maraîchère, je rentre à Mindelo. J’y retrouve mes équilibres et mes habitudes naissantes entre le port, la plage, le quartier historique et les petits bistrots locaux.

Histoire de rappeler l’ancienne métropole coloniale, le café du Portugal, le café de l’Algarve et le café de Lisbonne ont pignon sur la rue principale de Mindelo. Mais leur charme est éminemment cap-verdien.

Le dernier jour, Mindelo m’offre une ultime facette de sa riche culture. Au détour d’une rue, une imposante statue d’art borigène stoppe ma déambulation. Des musiques et des voix parviennent alors à mon oreille.

Trop curieux pour résister, je m’approche. Dans une vaste et sombre pièce, des musiciens et des danseurs célèbrent leurs racines africaines au son et au rythme de la capoeira brésilienne.

 

Un moment magique, une délicate passerelle entre Ancien et Nouveau Monde qui compense plus que largement que le Cap-Vert ne soit pas ou plus un cap si vert que cela.

Bien à Vous,

Bertrand