Oman – Elegance bédouine

Published: 07/09/2012 | Documented: Aug. 2012
Categories: Middle East, Oman

Pour tout vous dire, l’idée de mieux connaître Oman m’a été soufflée par Eric Lafforgue, un photographe voyageur émérite. Ses portraits de femmes omanaises m’ont mis sur la piste. Teint de sable cuivré, khol et henné, masque facial, voile aux formes multiples, tenues vaporeuses et bigarrées, façonnent leur exotisme mystérieux.

De part sa position géographique et son histoire, Oman est le pays arabe le plus orientalisé. A l’immigration esclavagiste d’Afrique subsaharienne s’est greffée une importante minorité balouche originaire du Pakistan. Plus récemment, un flux massif de migrants en provenance d’Inde et du Bangladesh complètent la mosaïque sociale.

Multiculturelle et ouverte sur le monde, la société omanaise est aussi et d’abord profondément arabe et tribale, soucieuse d’équilibre entre tradition et évolution. La population est majoritairement musulmane ibadiste – une branche distincte tant du sunnisme que du chiisme, qui prône un Islam puritain mais tolérant face aux différences confessionnelles.

Les marchés publics hebdomadaires permettent l’approche des populations traditionnelles omanaises. Les Bédouins des Sharqiya Sands se rendent alors dans les villes en marge du désert afin d’y vendre du bétail et acheter des biens de consommation. Tout à leurs négoce, vendeurs et chalands en oublient presque le visiteur. Néanmois, il me faut observer, anticiper, patienter et ruser pour croquer mes sujets photographiques.

Elegance vestimentaire

Les Bédouines omanaises sont particulièrement difficiles d’approche. Mais comme partout dans le monde, elles sont très shopping et très fringues, ce qui ouvre quelques opportunités photographiques. Elles portent d’amples tuniques très colorées sur des pantalons, dont le style et l’ornementation reflète les appartenances régionales et tribales. L’lihaf (voile) complète la tenue. Précision pour les amis français, le port du voile facial (burqa) est interdit sur les campus universitaires omanais.

Le masque facial des Bédouines omanaises aurait sa place dans les bals les plus huppés du carnaval de Venise. Oman a-t-elle influencé Venise ou bien l’inverse ? En historien de pacotille, je décrète que Marco Polo l’a apporté à Venise en 1295 à son retour d’Orient, après avoir fait escale à Oman trois ans plus tôt.

De leur côté, les hommes portent traditionnellement une longue tunique (dishdasha) munie d’une boursette à parfum, ainsi qu’un petit chapeau brodé. Lors des grandes occasions, ils optent pour un turban (mofar) de cachemire, complété d’une dague recourbée (khanjar) glissée à la ceinture, avec une baguette à chameau à la main.

Les hommes sont plus abordables pour le visiteur, occupés à commenter la vie politique en sirotant un thé. Leur activisme commercial est très bonhomme et serein sauf dans le marché au bétail.

Dans le marché au bétail, les hommes se pressent et se passionnent. Un vrai festival de bruits, d’odeurs et de couleurs. A mon plus grand bonheur photographique, le marché au bétail est fréquenté également par les épouses des hommes présents. La promiscuité du marché permet la proximité et la capture de beaux moments. Le masque facial des Bédouines fascine décidément mon appareil photographique.

A part la politique et le bétail, il est un autre thème qui passionne le Bédouin omanais : les armes. Non, pas la poterie qui constitue pourtant un artisanat traditionnel omanais. Outre les dagues recourbées, les armes à feu constituent à Oman davantage un accessoire cérémoniel qu’un réel engin létal. Un jouet, diraient certaines pour suggérer un manque de maturité générique de la gent masculine. Je n’épuiserai pas ici la controverse.

Les petits messieurs

En revanche, j’ai de quoi étayer la thèse des petits messieurs – des garçonnets jouant aux adultes. La scène se passe dans un village perdu d’une petite vallée omanaise. J’entre à pied dans le village, débouche sur la place ombragée et tapissée de la mosquée.

Un endroit magnifique pour une scène magnifique. Assis sur un muret, un vieil homme converse calmement avec une brochette de jeunes et d’enfants. Je salue, m’approche. Le vieillard répond d’un hochement de tête, mais m’indique de poursuivre mon chemin. Une image habitera mon esprit pour toujours.

Tenace et têtu, je repasse plus tard par la petite esplanade de la mosquée. Le vénérable a laissé sa place à un autre homme d’âge. Les enfants ont disparu, alors que les jeunes battent le tambour. Il se prépare visiblement une fête ou une cérémonie. Je m’invite, m’incruste. Cette fois-ci, on m’accepte. Un régal photographique.

L’homme quitte rapidement les lieux, mais les jeunes se font curieux. Nous baragouinons un piteux anglo-arabe, mais l’essentiel est ailleurs.  Le père d’un petit débouche pour tancer son fils, car la cérémonie est imminente. Et de l’enturbanner prestement.

Au moment du départ, je négocie une photo de groupe des petits messieurs. Dishdashas et turbans impeccables, khanjars et baguettes à chameau : tout conforte leur élégance masculine. La spontanéité et l’expressivité ne sont en revanche pas de la fête.

Face à mon objectif photographique, ces petits messieurs se figent en gardiens de prison. Je déploie des trésors de petits trucs pour les dérider. Le dernier cliché est le bon – pour moi du moins.

Le groupe me quitte à grands pas. Un peu plus tard, j’entends rouler les tambours. Puis des déflagrations de pétoires ponctuées d’éclats de voix enjouées. En somme, des hommes qui jouent comme des enfants, en présence d’enfants qui jouent aux petits messieurs.

Rassurez-vous. Au quotidien, la société omanaise sait reconnaître à chacun son genre et son âge.

Bien à Vous,

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